2 avr. 2026

 Portrait : Emilie, paysanne semencière

 en Trièves

 


 

 

A Monestier du Percy, Émilie, paysanne, produit des semences, reproductibles et libres de droit : un choix professionnel, un choix de vie, mais aussi un acte militant. Portrait ...


Après une première vie comme animatrice des Pouces Vertes, ouvrière agricole polyvalente, Émilie a sauté le pas de l'installation agricole en 2023, avec la création du Champ des graines.

L'aventure prend naissance quelques années plus tôt, lors d'une rencontre sur la foire aux plants de Mens, avec « Graines des montagnes », une association Maison des Semences Paysannes des Hautes Alpes, avec « Graines del pais », une coopérative artisanale semencière, et un projet collectif de Maison des semences au niveau local dans le Trièves en lien avec le groupe semence Isère 38 porté l’ADDEAR.

Cette démarche allant de pair avec l’idée de se former et de produire collectivement. Puis naît le besoin de sortir du collectif pour développer un projet plus personnel... S’ensuit alors la recherche de foncier dans le Trièves. Coup de chance, une opportunité se présente : des terres maraîchères, avec, déjà en place, un système d’irrigation, des serres … Une aubaine !

Emilie saute alors le pas, son objectif est clair : elle va produire de la semence paysanne libre de droits et reproductible. Elle veut proposer une gamme d’incontournables potagères, qui soient adaptées au climat, rustiques et précoces par rapport à un climat de montagne, en gardant toujours à l’esprit de travailler le plus local possible.

A ses débuts, elle produit pour Graines del Pais (qui a cessé son activité depuis), et donc pour une grosse partie du plan de culture est conditionnée aux besoins de cette coopérative, aux variétés les plus demandées.


Depuis, le catalogue s’enrichit un peu plus chaque année, suite à des coups de cœur, des questionnaires auprès des maraîchers pour connaître leurs variétés préférées, ou même des envies, des questions/propositions de clients. Il compte actuellement une cinquantaine de variétés : essentiellement des légumes, des fleurs et des aromatiques

Parallèlement à ce travail de multiplication des plantes, Émilie amorce un travail de sélection, pour gagner en adaptabilité à notre climat de montagne et envisage aussi dans l’avenir de faire des créations variétales.

Un travail en solo, mais une entraide entre professionnelles

En ce printemps 2026, la 4ème saison démarre. Si Émilie a construit et mène son projet toute seule, en totale liberté au niveau des prises de décision, choix culturaux, plans de culture, des bras supplémentaires sont parfois nécessaires lors des « coups de feu », lorsqu'au printemps il faut débroussailler, déplacer des choses lourdes, ou pour des tâches particulièrement longues comme l'ensachage. Les copines et copains arrivent alors à la rescousse. « Il y a également beaucoup d'entraide entre agricultrices et on se retrouve régulièrement toute l'année pour des coups de main chez les unes et les autres »

Une activité qui a du sens, mais qui doit aussi être source de revenus

Tout le dilemme est là : la production de semences paysannes est un enjeu de souveraineté alimentaire car la pression est forte au niveau du brevetage du vivant. Le monopole de l’industrie sur les semences est énorme puisque une poignée de multinationales assurent 75 % de la production et la grande majorité des variétés provient donc de sélections industrielles, protégées par les droits de propriété industrielle.

Le cadre législatif, qui impose entre autres l’inscription au Catalogue Officiel, accentue encore cette homogénéisation, et par conséquent la perte de biodiversité.

Produire des semences paysannes, libres de droits et reproductibles est donc un acte militant mais tout le challenge est d’arriver à en vivre...

Du côté des débouchés : ils sont essentiellement locaux, ce qui était le but recherché, Emilie privilégie la vente directe. Soit dans les magasins et site internet de producteurs locaux (Le Biaupanier dans le Trièves, La Fabrique, la Cagette en Matheysine, Créations du Bochaine dans les Hautes Alpes), et sur les marchés locaux pour garder un contact avec les clients, donner des conseils, expliquer... La transmission et la pédagogie étant aussi un objectif....


Encore des projets mais le temps file trop vite !

Jamais de temps morts dans l’année, les journées sont bien remplies ! Notre artisane semencière assure tout le cycle de production de la graine à la graine : depuis la préparation du terrain au printemps, les semis, la mise en culture, la pollinisation manuelle pour certaines variétés (qui demande une visite bi-quotidienne) la récolte des graines, les tests de germination, le séchage, le tri et l’ensachage des graines, la commercialisation, la transformation des légumes (on ne va quand même pas jeter les courges une fois les graines enlevées!), chaque mois de l’année apporte son lot de tâches à effectuer …

Néanmoins, Émilie garde en tête d’autres projets, à réaliser à plus ou moins court terme : développer une activité de transformation pour valoriser la chair des légumes plantés (cette année la chair des courges a permis de réaliser une beau projet collectif solidaire (une soupe solidaire distribuée aux réseaux d’entraide du Trièves) mais aussi proposer des ateliers pédagogiques autour des graines, développer un travail artisanal …

Les idées ne manquent pas ! Jardinières et jardiniers souhaitent une belle et longue activité au Champ des Graines !


Pour prolonger cette réflexion sur les semences : https://www.semencespaysannes.org

JG